face to face with the devil

janvier 10, 2012

Face to face with de devil

 

Le désavantage des crèmes dépilatoires c’est qu’en plus d’enlever les poils elles les font repousser drus

 

Si bien que ça gratte

 

Et parfois ça ne veut pas sortir de la peau alors ça fait un bouton disgracieux

 

Parce qu’attention tous les boutons ne sont pas disgracieux

 

Il y a ceux qui sont causés par des troubles du sommeil symptomatiques d’une vie nocturne déglinguée et tonitruante

 

Il y ceux qui sommeillent des années

 

Il y a les vieux habitués, les remplaçants, les causés-par-un-insecte-rare

 

Il y a les boutons des villes et les boutons des champs

 

Il y a les grands blessés

 

Les poilus, tendres, à-point, sauvages, résistants

 

Les perles-de-lait, comme Rimbaud

 

Les écaillés

 

Les propres

 

Les pas-nés-de-la-dernière-pluie

 

Les audacieux

 

Il y a les « tu ne devineras jamais où je suis caché »

 

Il y a les morts-nés

 

Ceux qui poussent sur le nez

 

Il y a les troisièmes, les quatrièmes tétons d’une femme

 

La mouche qui n’en est pas une

 

Il y a les taches de vision, les pixels

 

Les granulés, les lisses, les bouclés

 

Les trop-pleins, les poches vides, les crevés, les insipides

 

Et ceux qui nous rappellent l’arrière-arrière grand mère

 

qui nous embrassait sur la bouche

 

par sadisme, clairement, avec le recul

 

(elle a dû être mêlée à l’invention des crèmes dépilatoires, la monstre)

entre chien et loup

décembre 16, 2011

Entre chiens et loups, ils étaient ivres

Ivres de vivre dans le coeur de la contestation lascive

Ici et déjà loin

Dans le soleil qui s’éteint

Dans la ville qui s’éteint

Dans la grande avancée tranquille

 

Sots

Sots dansants légèrement sur la pierre polie des petits pavés tordus

Devant l’entrée d’une grande cour qu’on appelle ”Kulturbrauerei”.

 

Et elle, moi, aurait pu avoir voulu tomber amoureuse de l’instant précis où le rossignol a swingué à fond en rigolant

Pour 8 euros seulement

Et elle, moi, aurait pu avoir voulu tomber amoureuse de l’instant précis où l’une a caressé le dos de l’autre

Et elle, moi, aurait pu avoir voulu tomber amoureuse de celle qui dansait avec son grand enfant dans les bras

 

Des instants à 8 euros, seulement.

 

Mais elle, moi, considère la vie pour la première fois

Comme une suite d’instants à partager

Avec toi?

 

Mais elle, moi, a ouvert les yeux comme après un long songe

Un hiver

 

Il n’a jamais fait aussi chaud en décembre

C’est comme si plus rien ne pouvait faire mal. Rien.

Le vide est parti au loin, dans la brume

On ne le discerne presque plus

 

Entre chien et loup on rembobine

Et on

Re

Commence

 

Et on

Rec

Commence

 

Au réparateur du gaz

septembre 17, 2011

Cher M. Baumann,

Quand je vous voyais pour la première fois, vous et votre figure rouge vif, assis sur les escaliers entre le troisième et le quatrième étage, vos yeux n’étaient absolument pas surpris de me voir mais ils ronchonnaient doucement.

Comme me l’a dit Vincent hier, les choses sont toujours plus compliquées quand on est relativement jolie, mais votre oeil d’homme n’a tourné qu’une fois, cher Monsieur Baumann, car vous étiez venu pour faire votre travail et vous ne pouvez pas ciller et faire les choses autrement parce que votre cliente est jolie, non, non. De toute façon, ce n’est qu’un élément de la chose et dans votre journée de contrôleur de fuites de gaz dans votre ville, dans votre Genève des quarante cinq dernières années. Dans votre journée, vous l’avez dit, vous avez dû monter trois fois les escaliers à pieds, dont deux à cause de moi, car je ne me suis pas présentée, à onze heure, quand vous êtes arrivés, avec vos chaussures de travailleur et votre petite boîte à outils qui n’a pas suffit à réparer mon chauffage à gaz.

Mon cher Monsieur Baumann, quand vous m’avez dit que vous auriez dû appeler la police et un serrurier si vous n’aviez pas trouvé la vanne à gaz en bas de l’immeuble, et que j’aurais donc dû payer leurs services et la réparation de ma porte, je suis restée stoïque en me disant que j’avais eu de la chance. En revanche, quand vous m’avez dit qu’on me facturerait votre prestation cent-cinquante francs parce que vous avez dû revenir une deuxième fois par ma faute, je n’ai pas pu empêcher mes yeux de s’embuer. Mais je vous promet, monsieur Baumann, que je ne l’ai pas fait pour vous faire pitié, et j’ai même très discrètement essuyé une larme qui n’avait pas pu sécher sur l’oeil, ni s’y éteindre, comme elles font parfois quand on a envie de pleurer et qu’on se rappelle en même temps qu’on a vingt-cinq ans et plus d’excuses, ou qu’on se trouve devant une classe de quinze élèves et qu’ils ne vont pas comprendre pourquoi la dame devant eux qui sait tout verse une larme quand on parle de l’éducation et de la reconnaissance que l’on doit à ses parents, malgré tout. Monsieur Baumann, j’ai pleuré parce que je me suis dit que s’en était trop, c’est tout, je ne fuis absolument pas ma responsabilité : je sais qu’à cause de moi, vous avez dû monter deux fois ces escaliers et je sais que ce n’est pas facile pour vous puisque quinze minutes après les avoir montés vous respiriez encore avec difficulté.

Aussi, quand je vous ai proposé un joghurt, avant un verre d’eau Monsieur Baumann, ce n’était pas pour que vous me trouviez sympathique, c’est que je ne peux m’empêcher de proposer à manger aux gens qui viennent chez moi, et là je n’avais que des joghurt, des joghurt Danone qui viennent de France, parce que le taux de l’Euro est bas malgré les manoeuvres de la banque nationale et les courses en France sont avantageuses, et je n’ai pas l’impression de trahir la patrie parce que j’achète à l’étranger, d’autant que ce sont les français qui perdront leurs postes à la Migros si sont chiffre d’affaire baisse. Vous voyez Monsieur Baumann, moi aussi je peux avoir des conversations de genevoise même si je vous ai répondu que ma grand mère était vaudoise, mon père italien et mon grand père jamaïquain et que comme tout le monde vous avez dit “ah voilà, c’est fou comme c’est seulement le côté jamaïquain qu’on voit”…

Monsieur Baumann, j’ai souri quand vous m’avez demandé si j’avais vingt-deux ou vingt-trois ans et votre réaction quand je vous ai répondu que j’en avais vingt-cinq m’a amusée, vous étiez si surpris et avez dit : “ah, dis-donc, comme mon fiston!”. Je vous ai alors demandé ce qu’il faisait, vous m’avez répondu carrossier, j’ai dit que c’était un beau métier, vous m’avez dit qu’il n’avait pas étudié, comme moi (et là je me suis demandé comment vous saviez que j’étais étudiante, puis j’ai regardé ma plaque électrique, posée sur le plan de travail, et j’ai compris.) et je vous ai répondu que c’était mieux comme ça, parce qu’étudier ne permet pas forcément de bien gagner sa vie, mais ça nous sensibilise à des concepts et nous donne des clefs de lecture qui nous fatiguent plus qu’autre chose, puisque nous remettons toujours tout en question et analysons tout ce qui nous entoure, si bien que nous ne pouvons pas profiter simplement de la vie. Et puis j’aurais dû ajouter que nous ne savons pas même réparer une chaudière, comme vous savez le faire. J’ai été touchée quand vous m’avez proposé de le faire, sans me faire payer, après avoir vérifié si fuite de gaz il y avait et m’avez regardé avec des yeux moqueurs, mais pas trop car vous en avez vu d’autres, en me disant que la vanne était de toute façon fermée et que donc il ne pouvait pas y avoir de fuite, et m’avez proposé de mettre le nez sur la sortie de gaz, pour que je comprenne ce que c’était, l’odeur du gaz.

Monsieur Baumann, j’espère que je ne vous gêne pas en vous disant que j’ai observé vos mains tandis que vous répariez le chauffage, quand vous vidiez l’air des conduits, quand vous introduisiez dans le réchaud les morceaux de papier enflammés que je vous passais, quand vous coupiez des fils en serrant des dents car votre pince était trop petite (“vous comprenez je ne suis pas venu pour ça, je n’ai pas les outils qu’il faut, mais je m’y connais, je les réparais, ces choses, avant de travailler pour les SIG”).Vos mains, Monsieur Baumann, m’ont fait rêver. Parce qu’à ce moment là, quand je voyais vos mains noueuses sauver mon chauffage de cet hiver, quand je voyais vos veines saillantes, je me disais que j’aurais voulu savoir le faire, j’aurais voulu savoir réparer une machine, huiler la chaîne d’un vélo, m’essuyer le front et y mettre sans le vouloir de l’huile de moteur. J’aurais voulu courir plus vite que Daniel, encore, même après mes onze ans, j’aurais voulu continuer à n’avoir que des amis garçons, parler de nos bds et des filles qui ne savent même pas cracher. J’aurais voulu qu’Hikaru ne retourne pas au Japon et qu’on continue toutes les deux à être deux petits mecs.

J’aurais peut être voulu être votre fils, Monsieur Baumann, mais à la place j’étais cette belle jeune fille aux jambes immenses qui s’est assise sur le sol, à votre droite, pour vous seconder dans votre acharnement à réparer ce vieux chauffage alors que l’air ne voulait pas en sortir.

Quand vous partiez, Monsieur Baumann, et que vous me disiez que vous ne me factureriez pas votre visite, alors que vous étiez resté une heure de trop et aviez appelé les SIG depuis votre iphone qui s’éteignait tout seul car vous ne saviez pas l’utiliser, pour leur dire qu’ils s’étaient trompés dans la facturation, et que grâce à vous je me trouvais à ne plus avoir à payer les 661 francs qui me faisaient si peur, je vous ai aimé, Monsieur Baumann, je vous ai aimé plus que l’image de vous sur mon escalier, plus que l’image de vos mains, plus que l’image de moi en mécanicienne.

Monsieur Baumann, grâce à vous je sais que je ne peux pas être vous, ou votre fils, ou l’autre. Je ne peux partir nul part pour ça. Je dois retourner sur la piste rouge, à côté de Daniel, et me dire que l’important n’est pas de gagner, mais d’arriver avec ses propres aptitudes au bout de la course.

Même la pluie

août 26, 2011

Même la pluie a ses secrets

puissants

révélateurs de pensées en vrac,

mutins

_

Même la pluie dehors et dedans

fait ruisseler l’enclume de la nuit qui naît

pour toi

pour moi

et les autres

_

La pluie a obscurcit pour mieux voir

l’ébène de la pudeur

qui se découvre

en un sourire vermeil et merveilleux

_

Et je me suis pris à aimer si fort la pluie

car elle réconforte celui qui est abrité

car elle rythme de ses battements la dispersion de nos vies

_

Même la pluie

a pleuré

de peur d’avoir mal compris

quand on est compris, oui

la pluie

tik

dakk

tok

des milliers et des milliers de fois sur le toit

sur la fenetre

sur tes yeux

sur nos têtes qui dorment

et ton coeur

charnu

de n’être qu’un coeur

choisi

_

Et je dors encore éveillée

poème très simple pour se souvenir

août 14, 2011

Je regardais hier les feux d’artifices à travers de très grands arbres

Et à côté de moi il y avait un chat noir qui prenait trop de place

Et en face des bougies rassemblées au même endroit

Dans de jolis bougeoirs en verre, avec des arabesques dessus

Et sur leur droite un paquet de petites bougies basses

Et près de mes pieds une fille qui regardait les feux

Derrière elle un garçon qui rêvait en silence

Et en face, elle, qui s’endormait.

 

Dans la cuisine un fondant au chocolat entamé

On avait joué à qui en mangerait le plus

Puis on avait abandonné

Et sous mes chaussettes le sol blanc

Et sur mes chaussettes la couverture orange

Et dans le ciel, derrière les arbres, parfois du rouge, parfois du vert, parfois du doré qui explose et retombe en petillant : des étincelles

-le feu saule pleureur

-le feu caché

-le feu contre-temps

-le feu follet

-le feu qui surprend

-le feu plus loin que prévu

-le feu au ras du lac

-leu feu qui prend naissance ici et meurt là

 

et nous

et nous grandis et nouveaux demain, dans le salon

au 6ème étage, derrière les arbres

grands, très grands et noirs

et nous rêvons à l’unisson avec toute la ville et toute la ville écoute la même musique

 

et quand ça s’est éteint

dans mon corps encore longtemps bondissaient les couleurs de ce soir derrière les arbres.

A Maya Angelou

août 6, 2011

J’étais dans une création extraordinaire de chapeaux de paille grands, pour l’hiver

Quand tout à coup à ma porte a sonné un poème de cette belle femme noire qui porte sur elle une grande cape de la longue plainte noire et lancinante qu’on connaît.

Cette belle vieille femme noire que j’aime depuis longtemps, mais ce n’est pas ma mère.

Car ma mère, je l’aime depuis toujours. Depuis la notion même de souvenir je l’aime ma mère qui est la plus belle de la terre même quand elle tourne sur elle même, la terre, et qu’on ne comprend plus rien, surtout pourquoi les indiens font l’amour comme des femmes ou pourquoi les indiens des montagnes péruviennes ont de plus gros poumons que nous.

 

Moi j’aime ma mère.

Mon amour pour elle ne peut pas se disspier dans la fumée d’une soirée houleuse et pleine d’âmes assoiffées de fiel et gonflantes d’une vieille amertume qu’on appelle machisme –mais en réalité c’est tout autre chose- c’est la frustration de savoir que nos mères ont toujours mieux su que nos pères, elles ont toujours porté le fardeau du savoir, du savoir-mieux, du conseil, de la raison, de l’art de deviner qui nous sommes même avant notre naissance et nous les femmes nous savons.

Nous savons que dans notre ventre il y a cette capacité à aimer pour deux.

Nous savons que dans notre ventre il y a cette capacité à déjà connaître.

Nous savons que dans notre ventre il y a comme une devinette inscrite et dont on fait semblant de ne pas connaître la réponse.

 

Et moi, j’aime ma mère.

Mon amour pour ma mère est comme la pointe de l’édifice de mon amour pour le monde. Pour vous, mes sœurs, pour vous, professeures d’un jour et d’une vie, pour vous vieilles âmes légères comme une boule de suif, assises comme collées à moi dans le bus et je vous vois virevolter autour de ma tête comme des anges.

 

Monde.

Le monde, comme la lune, la mer.

Monde.

Comme le soleil pourtant, masculin comme manquant d’une vertèbre – mais il lui manque une côte à celui-là!

 

Femme.

Femme, nuit, femme, passion.

 

Femme je ne t’aime que si tu es libre.

Libre du mensonge inventé par le premier homme qui s’est senti nu face à celle qui sait tout.

Homme servile consciant de sa servitude, danger pour nous toutes, homme violent de sa faiblesse, homme ignorant de son infériorité.

Tais-toi, apprends.

 

 

Au dessus du frigo, une mappemonde

Et moi la tête pleine de voyages.

des hommes de la meme espece

juillet 15, 2011

J’ai dit aujourd’hui a un homme qui m’a aimee

“Israel devrait etre le pays de ceux qui s’y sentent appeles”

et puis nous avons dit beaucoup d’autres choses

puis j’ai dessine avec mon index les vagues du lac Tiberiade, puis du ressenti sur le torse de l’eau qui nous saisit

l’eau couleur eau qui enserre, qui lie

_

il m’a alors regardee et dit: “thank you so much for sharing this et il a ajoute plein de belles choses qui font que nous sommes de la meme espece,

la meme espece des gens qui sentent -il m’a dit- qui sentent que cet arbre au dessus de nous est bien plus qu’un arbre

et ca nous le savons depuis longtemps.

J’ai dit- oui. Et d’ailleurs l’autre jour devant un arbre au 4eme etage de la rue Rotschild je me suis dit quel est le nom de cet arbre, et -j’ai dit- quand on etait enfant on connaissait les noms des arbres -il dit- moi j’en connaissais 5 ou 10 -j’ai dit- non tu en connaissais au moins 15 -il a dit- surement.

Mais j’ai oublie de lui dire que ca n’a aucune importance le nom de l’arbre, peut etre faut il meme fuir le nom de l’arbre, qui est l’autorite qui peut se prevaloir de determiner que cet arbre-ci doit avoir ce nom ci et cet arbre-la ce nom la alors que cet arbre la pourrait avoir ce nom ci et cet arbre ci ce nom ou un autre?

donc

ce garcon la a cote puis en face de moi sur la terrasse d’un bar bruyant de Tel aviv -me dit- moi aussi je me perd dans les rues car quand je demande mon chemin je n’ecoute pas ce qu’on me repond parce que je cherche a determiner qui est la personne a qui je m’adresse.

-je lui avais dit- j’observe comment la personne explique le chemin et quel cheminement elle fait dans a tete pour s’en rappeler et je me demande comment la personne a rencontre cette rue la que je cherche et les autres, celles qui y menent.

droite – gauche -droite -gauche

_

Ce gars m’a remerciee d’etre moi

et il m’ pris dans ses bras -merci d’etre toi, je ne suis plus seul.

_

_

Mais quand il a decide de m’aimer

-je lui ai dit-

ne m’aime pas.

Nous sommes de la meme espece c’est tout.

 

 

 

_

_

(to be continued)

De mon non voyage en Egypte

juillet 13, 2011

J’etais loin d’avoir pris le dernier night shift pour Eilat

et au fond de moi j’avais comme une sorte de remords aigre doux

un peu comme les faux sushis a l’europenne sur la rue Sherem Yau ou quelque chose comme ca

le sushi Fu -le sushi ou il faut attendre les sushis pas cashers -mais ca n’a aucune espece d’importance car tout le monde est content.

J’ai pense: creation identitaire ou qu’est ce qui fait d’un peuple un peuple et qui a cree la notion de peuple et pourquoi

J’ai pense: est ce que quelque chose d’autre qu’une blatte amere m’attendra a mon retour

la blatte est timide et degoutante

elle m’a vu et a cache son corps brun et repoussant derriere le filtre a eau, son corps brun et repoussant derriere le filtre a eau

a la rue Rotschild, la bien connue, en plein coeur de Tel aviv

_

et a l’entree de l’immeuble la/une blatte brune et agonisante

renversee sur le sol comme un clochard religieux plus haut dans la rue Rotschild

ou peut etre a l’entree du shouk ou peut etre sur Malech George

peut etre plie en deux le clochard, peut etre recitant des passages bibliques, peut etre se balancant d’avant en arriere mais pas de cote, peut etre dormant sur le cote, un clochard, quelque part, jouant de la flute traversiere toute la nuit sans repit sur la terre benie d’un peuple electif en tout cas.

Et agonisant sur le dos le cafard affreux, l’affreux cafard au rez de chaussee d’un immeuble de la  rue Rotschild -en plein coeur de Tel aviv!

mais elles ont bien fait de monter au quatrieme ces horribles bestioles

je n’y aurais pas cru si je n’avais pas vu ma blatte sur le plan de travail a cote du filtre a eau

berk

elle m’a fait peur et elle m’a dit “j’en ai marre de faire comme si je n’existais pas”.

Je lui ai dit: “bien, je t’entends, mais la cuisine c’est deja un peu exagere, je te demande maintenant de ne pas enfreindre les regles elementaires de la politesse et de ne pas penetrer dans la salle de bain et dans me chambre, d’abord parce que je suis pudique, ensuite parce que tu me degoutes un peu, meme agonisante sur le dos au rez de chaussee de l’immeuble de la rue Rotschild… Ca doit etre l’effet “corps brillant et longues antennes”

“on verra” me repond-elle, ces bestioles ont la facheuse tendance d’argumenter constamment.

_

Et donc pour moi, pas de night shift, pas de 12 heures de route porte a porte pour Le Caire

avec au fond de moi comme le piquant de l’auto promesse absurbe de m’assurer qu’il m’y mene: erreur! mes pieds m’y meneront s’ils le veulent, nous le savons tous les deux.

Lui, mon pied? si c’est mon pied, c’est mon pied gauche ma foi!

_

Je ne vais pas en Egypte car on ne trahis pas une promesse faite a soi meme

la promesse de s’ecouter soi meme, c’est la meme que celle de prendre une decision et de l’assumer.

On ne peut pas fuir une ville qui ne nous a pas compris

On ne peut pas fuir une ville quand on ne l’a pas comprise

quand on ne l’a pas seduite:

J’ai souri au conducteur du Sherout qui allait de Nordau a Rotschild a deux heures du matin

je lui ai souri de toute mon ame

il ne m’a dit rien

il m’a souri de long en large quand j’ai dit ‘taatsor li po”

_

et je me suis dit on devrait avoir le droit de vivre la ou on est heureux

et j’avais encore un long chemin a parcourir pour savoir ou ce lieu se trouve

si c’est avec toi

si c’est avec mes deux pieds plantes dans le sol

si c’est avec ma langue qui attend de bien integrer ce que ma tete lui dit

_

donc pas d’Egypte, pas d’Egypte encore.

Juste observer la blatte brune et laide qui passe furtivement sur le trottoir

juste observer les deux femmes qui s’aiment devant mes yeux eblouis

_

simplement laisser les choses m’irradier comme elles l’ont toujours fait

mais cette fois-ci a 35 degres quand la brise s’est tue

_

et j’ai senti tel aviv qui se leve

a deux heures trente deux

__

__

__

(je pensais qu’on pouvais regretter de ne pas partir, maintenant je decouvre qu’on peut regretter d’etre parti sans avoir compris)

Et nous n’avons besoin de personne

juin 2, 2011

Nous sommes comme sous un bloc de béton

Certains diraient : un cube

Nous sommes sous un bloc de béton

Dépossédées

Vidées de notre nous encore fœtus sur une photo qui passe de mains en mains et de vues en vues sur le réseau facebook-qui-s’en-fout

Nous sommes

Liquidées, rasées, soumises à cette oppression insurmontable

La pression du bloc de béton bêtement couché sur nos corps livides de femmes-sans-le-sou, de femmes-semblant, de femmes-femmes, femmes…

Nous sommes

Agonisantes, noyées presque dans la flaque de sang tiède qui réchauffe la scène des deux femmes écrasées par un bloc de béton

Sous tous les regards

Concupiscants

des proches, des faux-proches, des lointains, des autres, des auxiliaires, des auxiliaires des auxiliaires, des remplaçants de l’autre, des mouches à l’envers, des médias apathiques, des fleurs riantes dans le parc, pas loin de l’endroit où est tombé le le bloc de béton sur deux jolies jeunes filles, quelque part au milieu d’une ville que tout le monde connait.

I wish

I wish

I wish se dit la fille maigre et presque morte sous le bloc, i wish i could forgive the huge fucking bloc de béton qui m’a défoncé le dos alors que je n’avais rien demandé, moi, rien !

I wish

I wish

I wish se dit l’autre fille décomposée et une de ses jambes traine loin d’elle et craque encore sous le béton et craque, et rit de n’être qu’une jambe

_

Deux pantins désarticulés sous un immense bloc au milieu de la ville

Comme un grand pan d’immeuble

Et le beau sang neuf forme comme un de ces dessins de flaque super sympa qu’on vend en sticker qu’on peut coller sur la vitre

Et le beau sang neuf maintenant inutile pour soigner les grands mourants qui ont une bonne assurance dans un bel hôpital sur une colline

_

Et nous

On se regarde avec ce regard ironique qui dit « nous sommes les seules à savoir ce que ça fait que de se retrouver sous un bloc de béton »

On se regard avec ce regard familier qui dit « tu es belle, ma sœur, sous le bloc de béton, même à moitié morte de peur et une jambe en moins »

On se regarde avec ce regard lucide qui dit « personne ne nous aide mais nous avons su rester belles »

_

Et puis ils sont venus, tous ceux qui nous ont vues sous le cube

Pas ceux qui ont vu le cube tomber

Pas ceux qui ont su évaluer les risques de la chute du cube

Pas le cube –mais ce n’est pas de sa faute !

_

Ils sont venus.

Avec leurs pelles, leurs truelles, leurs grues

Ils sont venus,

Avec leurs râteaux, leurs chapeaux, leurs bras

_

Ils tiraient d’un côté et de l’autre

Ils tiraient d’un côté et de l’autre

Et nous nous restions affalées sur le sol

Baignant dans le sang familier

_

Souriant comme des femmes qui savent

Regardant ironiquement ces hommes autour de nous

Hahahahahaha

Aucun d’entre vous n’est assez fort pour soulever ce bloc de béton

Aucunes de vos théories ne peut résoudre le problème que nous avons à résoudre

Comment retirer ce bloc qui s’enfonce dans nos membres

_

Hahahhahaha

Aucun de vous ne sait s’étendre auprès de nous, gésir avec nous dans la marre rouge

Aucun de vous ne sait parler avec nos corps affreux, humiliés, splendides dans leur mort naissante

sans vomir aux quatre coins de la rue

sans éteindre la beauté de cette scène morbide

_

allez vous-en,

nous n’avons besoin de personne pour nous sauver

allez vous-en,

nous n’avons besoin de personne pour nous sauver

nous sourions de nos dents blanches et mon œil droit ne voit plus

mais je te vois, toi, sous le béton et je t’aime jusqu’au dernier souffle

et hahahhaha

_

nous n’avons besoin de personne.

Je suis toujours bêtement productive à un jour des exas

mai 27, 2011

Je me suis dit, un jour il ne restera rien

Rien de ces lois que j’apprends à connaitre

Rien de ces procédures –toujours vérifier si l’administré est partie avant de vérifier si son droit d’être entendu a été respecté

Savoir reconnaitre s’il s’agit de l’administration fédérale ou cantonale, parce que selon c’est la PA ou la LPA qui s’applique –et seul le TAF revoit l’opportunité, attention l’opportunité a trait à la liberté d’appréciation, bien regarder la norme s’il y a des notions juridiques indéterminées !

Ne pas répondre aux questions de mes élèves dans l’evacom du matin

De pas répondre aux questions…  « An welchem, c’est du singulier n’oubliez pas… Vérifiez les majuscules ! »

Ne pas être trop proches des élèves. Ne pas. Ne pas être trop proches des élèves.

Garder de la distance, former une barrière de protection, poser la limite bien au-deçà de nos limites réelles : créer une zone tampon entre notre limite et celle que l’on doit montrer.

Un jour il ne restera rien

Rien que moi sous un tas de livres

Asphyxiée par l’ennui des autres.

J’ai donné 4 de mes livres annotés à une amie

4 des 30 livres qu’il fallait lire

Et je me suis dit

C’est la meilleure chose que j’aie faite en 18ans de scolarité

Lire ces 30 livres : lire le Steppenwolf et Homo Faber lire Faust

Lire  a Mercy lire the Lonely Londoners lire Fanon

Lire la dame aux Camellias lire Duras lire l’étranger lire Leopardi

Relire Hesse relire Kafka lire Pavese

Frotter mon visage avec de l’herbe encore humide du matin

Oublier mon visage

Oublier les livres de droit

Oublier qu’elle langue je parle

Discuter avec une vache de passage, comme moi

Trouver un livre sur un banc

Marcher sur la terre brûlante

Oublier qu’il existe des boîtes en plastique qui racontent des histoires fausses

Aller à la rencontre des appréciations dénuées de préjugés immoraux

Aller.

(Israël, J-34)


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